Giresun se trouve sur la côte orientale de la mer Noire, une ville connue dans l’Antiquité sous le nom de Kerasos, avec derrière elle des vallées vertes qui montent vers des alpages d’été à plus de deux mille mètres. Son site le plus connu est la petite île juste au large du rivage, entourée de plus de légendes que sa taille ne le laisse penser. À l’intérieur des terres, de l’autre côté des montagnes, Şebinkarahisar possède un monastère construit dans une falaise et une tradition de tissage dotée de sa propre indication géographique.
L’île de Giresun
L’île se trouve à 1,6 kilomètre de la côte et couvre 40 000 mètres carrés ; avec Kefken, c’est l’une des deux seules îles de la mer Noire qui appartiennent à la Turquie. En été, des bateaux partent du port de Giresun pour des excursions à la journée et des pique-niques. Le laurier-sauce et le robinier en couvrent une grande partie, et c’est l’un des sites de la mer Noire où des cormorans et des goélands nichent à l’état sauvage.
Les ruines montrent que des remparts ceignaient autrefois l’île, bâtis selon la même technique que le château de Giresun et probablement de la période pontique, avec une tour de guet, les restes d’un sanctuaire et d’un emplacement de temple, et deux énormes jarres à vin. D’après les sources historiques, des reines amazones y fondèrent un temple d’Arès. Dans les Argonautiques d’Apollonios, les héros qui naviguaient sur l’Argo à la recherche de la Toison d’or furent attaqués près de l’île d’Arès par des oiseaux lâchant des plumes aussi dures que le fer ; la moitié d’entre eux ramaient pendant que les autres couvraient le pont de leurs boucliers, puis ils effrayèrent les oiseaux par le bruit, comme l’avait fait Héraclès. En 1984, Tim Severin rama jusqu’à l’île avec une réplique de l’Argo construite sans clous, et une équipe de la BBC filma le voyage.
À la pointe orientale se dresse la Pierre de Hamza, une pierre posée sur trois pieds comme un trépied et associée à la déesse mère Cybèle. Chaque année le 20 mai, dans le cadre du Festival international d’Aksu, on la traverse en passant dessous pour la continuité de sa lignée familiale, puis on fait le tour complet de l’île, en partant de la pierre et en y revenant.
En ville : le musée et la mosquée du Château
Le musée de Giresun occupe l’église Gogora dans le quartier de Zeytinlik, une basilique que la communauté grecque orthodoxe construisit au milieu du XVIIIe siècle. Abandonnée en 1923 et utilisée comme prison de 1948 à 1967, elle ouvrit comme musée en 1988. La collection va de la période hellénistique à la période ottomane, avec des figurines en terre cuite, des amphores et des monnaies ; la pièce la plus ancienne date de 3000 av. J.-C., et l’on y trouve des objets du port d’Erik et une section ethnographique du XIXe siècle.
La mosquée du Château est un édifice ottoman à coupole unique en pierre taillée, dont la porte et le mihrab sont sculptés dans le goût baroque. Une inscription mentionne sa reconstruction en 1830 par Dizdarzade Ematullah Hatun, et elle prit sa forme actuelle en 1913.
Yedideğirmenler : sept moulins
Dans le district d’Espiye, à 62 kilomètres de Giresun, le parc naturel de Yedideğirmenler tire son nom de ses sept moulins, dont six moulent encore pour les trois villages voisins. Les bois sont surtout des aulnes, avec des rhododendrons pourpres sur les pentes ombragées, et l’ours brun, le chevreuil et l’aigle royal figurent parmi les animaux recensés. Il existe une grotte à stalactites, mais seuls des professionnels peuvent y entrer, et seulement après août, car son passage étroit est parcouru par l’eau.
Les alpages de Dereli
Kümbet, à cinquante-deux kilomètres au sud de Giresun dans le district de Dereli, est le mieux équipé des alpages, avec des boutiques, un hôtel et un festival organisé chaque année le deuxième dimanche de juillet. Monter par İkisu et redescendre par Güdül offre de plus belles vues. Bektaş, à 2 100 mètres, a été nommé par les Turkmènes Çepni d’après Hacı Bektaş Veli ; il sert de marché aux alpages environnants, offre de bons itinéraires de marche, et tient son festival le 30 juin et le 1er juillet. Il y fait assez froid pour avoir besoin d’un poêle même en été, et par temps clair les nuages restent dans les vallées en contrebas. On vit sur les alpages à partir d’avril, quand la neige fond, jusqu’en novembre environ ; en hiver, les routes sont bloquées.
Şebinkarahisar : le monastère dans la falaise et l’étoffe de Tamzara
À onze kilomètres à l’est de Şebinkarahisar, au village de Sarıyer, le monastère de la Vierge occupe un grand creux dans une falaise à pic, ce qui explique qu’on le compare à Sümela. Ses origines sont byzantines, mais ce qui subsiste a été reconstruit au XIXe siècle : trente-deux pièces aux murs peints, des cellules d’étudiants à un second niveau et, tout en haut, une église taillée dans le roc. Il a été restauré en 2013 et 2014 et ouvert aux visiteurs.
Tamzara, quartier de Şebinkarahisar aux maisons restaurées, tisse à la main son étoffe de coton depuis le XVIIIe siècle et l’envoyait autrefois en caravane en Égypte et en Syrie. Une coopérative fut fondée pour la produire en vertu d’un décret signé par Atatürk en 1937 ; une indication géographique suivit en 2019. Aujourd’hui, on en fait des chemises, des châles, des foulards et des nappes.
Chacun de ces lieux a son propre guide sur ce site, avec les itinéraires et les informations pratiques de visite.







