La plupart des visiteurs viennent à Şanlıurfa pour sa préhistoire : Göbeklitepe, un lieu de culte néolithique sur une colline dominant la plaine de Harran, et le musée archéologique de la ville, qui conserve ce qui y a été mis au jour. En ville, les bassins aux carpes sacrées de Balıklıgöl, liés à l’histoire d’Abraham, s’étendent au pied de la colline de la citadelle, près du complexe muséal de Haleplibahçe et de vieilles mosquées, dont plusieurs sont d’anciennes églises. Plus loin se trouvent Karahantepe, les ruines et les maisons à coupole de Harran, et Halfeti sur l’Euphrate. Chacun de ces lieux a sa propre page sur ce site.

Göbeklitepe

Göbeklitepe se trouve près du village d’Örencik, hors de la ville, et ce ne fut jamais un lieu d’habitation : on s’y rassemblait pour le culte, non pour y vivre. Son usage remonte à environ douze mille ans et s’arrête vers 8000 av. J.-C. Il est considéré à la fois comme le plus ancien et le plus grand centre de culte découvert à ce jour. Klaus Schmidt dirigea les fouilles de 1995 jusqu’à sa mort en 2014, et l’UNESCO inscrivit le site en 2018.

Observez les piliers de pierre en forme de T, dont les plus hauts mesurent environ six mètres et pèsent jusqu’à quarante tonnes. Dix ou douze d’entre eux forment un cercle relié par des murs, avec au centre une paire plus grande, face à face ; six cercles sont fouillés, et les mesures géomagnétiques en suggèrent près de vingt. De nombreux piliers portent des animaux ou des symboles, et ceux dotés de bras et de mains sont interprétés comme des personnes. Une navette relie le bâtiment d’accueil aux fouilles en une minute environ, et la zone de fouille est couverte d’un toit et entourée d’une passerelle, si bien que la météo compte moins qu’ailleurs.

Karahantepe et les monts Tek Tek

Karahantepe se trouve sur une éminence calcaire à 55 kilomètres du centre, dans le parc national des monts Tek Tek, un plateau bas entre les plaines de Harran et de Viranşehir. La pierre locale se débite en dalles et a fourni à la fois les murs et les piliers. Les relevés de surface ont repéré des terrasses ouest et est où le sommet des piliers affleure et dessine des bâtiments circulaires, un « replat sud » avec des meules, et des carrières où l’on voit encore les bancs dont les piliers ont été tirés.

Balıklıgöl et la citadelle

Balıklıgöl, dans le district d’Eyyübiye au sud-ouest du centre, se compose en réalité de deux bassins et des sanctuaires qui les entourent. Selon la légende, lorsque Nimrod fit jeter Abraham dans un brasier, les flammes devinrent de l’eau et les bûches des carpes, et c’est pourquoi on ne mange jamais ces poissons. Le grand bassin, Halilürrahman, long de 150 mètres, est bordé par les mosquées et médersas Halilürrahman et Rızvaniye ; la médersa de 1775 se termine par une salle à coupole construite en surplomb de l’eau, et l’on croit que la source qui alimente les bassins jaillit sous elle. Le petit bassin d’Aynzeliha s’étend devant la citadelle et est associé à Zeliha, la fille de Nimrod, qui aimait Abraham.

La citadelle de la colline de Damlacık possède une enceinte extérieure à quatre portes et une enceinte intérieure de vingt-cinq tours. Au sommet se dressent deux colonnes à chapiteaux corinthiens, élevées entre 240 et 242 apr. J.-C. sous Manu IX, roi d’Édesse ; la croyance populaire voit dans ce couple la catapulte qui projeta Abraham dans le feu. La statue de l’homme d’Urfa a été trouvée aux abords de cette colline, et sur son versant ouest la nécropole de Kale Eteği compte des tombes à chambre taillées dans le roc, du IIe siècle au VIe siècle apr. J.-C.

Les musées

Le musée d’archéologie et de mosaïques de Şanlıurfa, presque en face de Balıklıgöl, a ouvert dans son nouveau complexe le 24 mai 2015. Ses quatorze salles principales suivent l’ordre chronologique, des trouvailles paléolithiques aux scènes néolithiques grandeur nature, et le musée présente son parcours de 4,5 kilomètres comme le plus long du pays. On y voit les reliefs de Göbeklitepe figurant léopard, sanglier, cigogne et serpent, une grande maquette du site, des pièces de Nevalı Çori et la statue de Balıklıgöl, que le musée qualifie de plus ancienne statue connue au monde. Sa salle des mosaïques présente le pavement d’Orphée, sorti clandestinement du pays dans les années 1950 et récupéré aux États-Unis en 2012.

Le musée des mosaïques de Haleplibahçe conserve les sols d’une villa romaine fouillée entre 2006 et 2008 : quatre Amazones, désignées par leur nom, chassant autour d’un lion blessé, et un panneau unique qui suit Achille depuis les bras de sa nourrice jusqu’à son départ pour Troie.

Le musée de la Ville occupe une tour des remparts à Beykapısı datant de l’époque du comté croisé ; la municipalité l’a achetée en 2008 et y présente une maquette de la ville et des hologrammes des prophètes qui lui sont associés. La maison Hacıbanlar, restaurée en 2011, est un musée de la cuisine avec des mannequins costumés à l’ouvrage et des cours de cuisine, et le konak Mahmut Nedim, de 1903, abrite le musée de la guerre d’Indépendance et une salle consacrée au chanteur Müslüm Gürses.

Mosquées et anciennes églises

La Grande Mosquée de la rue Divanyolu Caddesi, probablement une œuvre zengide de 1170 à 1175, s’éleva à l’emplacement de l’Église rouge, dont le clocher subsiste ; la croyance locale rattache le puits de sa salle de prière au linge que Jésus envoya au roi Abgar. La mosquée Selahaddin Eyyubi a remplacé l’église Saint-Jean-Baptiste édifiée par l’évêque Nona en 457 et est devenue mosquée en 1993 ; remarquez les reliefs de dragons enroulés près de ses fenêtres. La mosquée Fırfırlı fut l’église des Douze-Apôtres jusqu’en 1956, la mosquée Nimetullah, ou mosquée Ak, possède le plus haut minaret de la ville, et la mosquée Dabakhane, de 1568, conserve la seule mukebbire des mosquées d’Urfa.

Harran

Harran est identifiée à la Haran de la Torah, et l’historien médiéval Ibn Shaddad la mentionne comme la ville où Abraham vécut avant la Palestine. Elle s’enrichit au croisement des routes commerciales venues du nord de la Mésopotamie et conserva son culte de la lune, du soleil et des planètes jusqu’au onzième siècle, longtemps après qu’Urfa fut devenue chrétienne. Sur le tell se dresse ce qui reste de la Grande Mosquée que Marwan II construisit entre 744 et 750, et que la direction provinciale qualifie de première mosquée monumentale d’Anatolie. Tout autour s’élèvent les maisons à kumbet, des cônes de brique élevés il y a environ 250 ans avec des matériaux tirés des ruines, fraîches en été et chaudes en hiver.

Halfeti et la campagne

Halfeti, sur l’Euphrate, a perdu les trois cinquièmes de sa superficie sous le lac de retenue du barrage de Birecik en 2000. Une promenade en bateau d’environ une heure longe des maisons englouties et le minaret du village noyé de Savaşan en direction de Rumkale, et la ville est connue pour une rose noire que l’on ne trouve nulle part ailleurs. Le parc naturel de Gölpınar, plus proche de la ville, est le principal bois de pins rouges de la province et une aire de pique-nique. Les randonneurs peuvent suivre la section turque du Chemin d’Abraham depuis Urfa ou Harran en logeant chez des familles villageoises, et en hiver la station de ski de Karacadağ, près de Siverek, ouvre une seule piste à partir de la fin novembre.

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